WARBURG (A.)


WARBURG (A.)
WARBURG (A.)

WARBURG ABY (1866-1929)

Né et mort à Hambourg, Aby Warburg étudie l’histoire de l’art et la psychologie à Bonn, puis à Strasbourg, où il soutient en 1891 sa thèse sur La Naissance de Vénus et Le Printemps de Botticelli. En 1897, il reprend ses recherches, vivant souvent à Florence, dont la richesse en archives le fascine, puis il se fixe à Hambourg, non sans revenir souvent en Italie. Il constitue peu à peu une bibliothèque, qui devient un institut de recherche à partir de 1920. Il ébauche enfin un «atlas» photographique de l’«expression visuelle». Tous les historiens d’art connaissent les publications de la bibliothèque Warburg, puis des instituts Warburg et Courtauld, après le repli sur Londres, en 1933. Outre la création de ce précieux instrument de travail, l’œuvre de Warburg consiste en une mosaïque d’articles et de conférences apparemment dispersés, qui se renvoient de l’un à l’autre, abondent en projets non réalisés, et ont été constamment annotés par l’auteur. L’ensemble a été édité par G. Bing (Gesammelte Schriften , Berlin-Leipzig, 1932), et traduit en italien et partiellement en français (Essais florentins , Klincksieck, Paris, 1990). La «biographie intellectuelle» de Warburg a été écrite par E. H. Gombrich.

Comme pour Jacob Burckhardt, pour Warburg l’histoire tente de reconstituer dans tous ses aspects la vie du passé. Warburg voudrait faire la synthèse entre la Civilisation de la Renaissance en Italie , et le Cicerone . Toute production d’images est un choix entre des styles et des traditions, qui nous renseigne, avec l’aide des textes , sur le «style de vie», la mentalité de l’artiste et du commanditaire. L’histoire de l’art, ou, mieux, la «psychologie historique de l’expression humaine» analyse les fonctions des images dans la vie concrète d’une société travaillée par des forces opposées. Aucun critère esthétique, aucune hiérarchie entre arts nobles et arts appliqués, n’intervient: Warburg étudie ainsi les médiocres illustrations de libelles prophétiques et s’intéresse autant aux significations d’un portrait, d’une chapelle, qu’à celles de costumes d’intermezzi , ou de gravures à coller. Un décloisonnement entre les genres s’impose, pour constituer une véritable «science de la culture».

L’art étant abordé en termes d’expression et de mémoire sociale, Warburg décrit volontiers comme un langage ces représentations de gestes intenses à l’antique, qui caractérisent selon lui la Renaissance (les «formules pathétiques» équivalent à des superlatifs dans la langue»), de même qu’il analyse les traditions médiévales des divinités antiques par intérêt pour les échanges entre langage et image. Dans la conférence qu’il donne en 1912, à Rome, sur le programme astrologique du palais Schifanoia à Ferrare, Warburg a qualifié d’«analyse iconologique» sa méthode; il était l’un des premiers à reprendre le terme de Cesare Ripa.

Par l’étude des textes, Warburg découvre que le réalisme à la flamande dans les portraits de riches marchands et banquiers florentins, dans le Jugement dernier de Memling et à la chapelle Sassetti de Ghirlandaio ne témoigne pas, contrairement à l’idée alors reçue, d’une sécularisation de la mentalité. Les documents sur les effigies de cire de la Santissima Annunziata à Florence lui confirment à quelles fins magico-religieuses répondait ce souci de ressemblance. Contre les études formelles, et contre l’«histoire de l’esprit», Warburg analyse alors les forces contraires qui s’équilibreraient dans la psychologie d’un Francesco Sassetti, où se côtoieraient des traits traditionnels (grande dévotion à son saint patron, au point de changer de chapelle familiale) et des traits plus modernes (invocation à la Fortune des vents, impresa [devise] à l’antique, symbolisme antique de sa chapelle funéraire).

Le réalisme vestimentaire, renforcé à Florence par la circulation des gravures allemandes et par l’engouement pour les tapisseries flamandes, habille de fastueux costumes «à la française» (ou «à la bourguignonne») les divinités et héros antiques, dans une grande fidélité littérale aux versions alors courantes des légendes. La Renaissance ne commence vraiment que lorsque cette disjonction prend fin, avec la mise en place, à partir de 1460, d’un langage de la «vie mouvementée» et des gestes idéalisés à l’antique.

Dans les peintures mythologiques de Botticelli comme dans la théorie (Alberti) ou la poésie (Politien), Warburg analyse un même recours sélectif à l’antique: on n’emprunte que ce qui traduit le mouvement du corps — le costume drapé agité ou la semi-nudité, les «accessoires en mouvement» —, pour constituer la «Nymphe» courant ou dansant. Warburg en étudie les implications sociales (dans les imprese amorose , dans les intermezzi et d’après un sermon de Savonarole) et en suit la divulgation dans toutes les catégories d’images; il constate ainsi que, d’une édition à l’autre d’un calendrier florentin, pour une même danseuse parmi les enfants de Vénus, «le papillon antique est sorti de sa chrysalide bourguignonne».

Ce langage des gestes, avec ses «formules pathétiques», traduirait une inclination nouvelle pour l’action. Warburg distingue des gradations (grâce chez Botticelli, pathos héroïque chez Mantegna, rhétorique des muscles chez Pollaiuolo). Il rejette avec insistance le dogme de la grandeur calme de l’Antiquité à la Winckelmann (et pourtant condamne les «excès» du baroque). Conscient de l’originalité du Nord dans ces circulations culturelles, il montre comment Dürer, après s’être mis à l’école de l’Antiquité dionysiaque à l’italienne, en vient à une Antiquité apollinienne plus personnelle.

Enfin, contre l’idée de l’autonomie des génies, Warburg retrace quelques étapes dans cette tradition médiévale, qui a transmis, en les déformant, les figures antiques, et à laquelle ont dû se confronter les artistes de la Renaissance. Malgré sa forte réticence à s’occuper d’astrologie, il découvre que, du fait de cette longue migration par l’Inde et les pays arabes (ou la Perse), les divinités antiques ne se distinguent plus de démons astraux, non seulement au palais Schifanoia, mais peut-être surtout en Allemagne, jusque dans le milieu de Dürer (La Mélancolie ) et celui de la Réforme (prophéties illustrées; polémiques astrologiques autour de la date de naissance de Luther). Renaissance et Réforme ne sont pas uniquement des progrès.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • WARBURG — WARBURG, family of German and U.S. Jews. PAUL MORITZ WARBURG (1868–1932) was a banker and philanthropist. Born in Hamburg, Germany, he became a partner in 1895 in his family s banking house, M.M. Warburg and Co. In the same year he married Nina… …   Encyclopedia of Judaism

  • Warburg — es una ciudad de 23.986 habitantes ubicada en la región de Renania del Norte Westfalia, en Alemania. Pertenece al distrito de Höxter en la región de Detmold. Vistas 1 …   Wikipedia Español

  • warburg's — warburg s; Warburg s; …   English syllables

  • Warburg — Warburg, 1) Kreis des Regierungsbezirks Minden der preußischen Provinz Westfalen, 9,36 QM. mit 32,910 Ew.; hier die Warburger Börde, mit 8 Dörfern u. 5000 Ew., ist die getreidereichste Gegend ganz Westfalens u. hat ansehnliche Torfstechereien; 2) …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Warburg [1] — Warburg, Kreisstadt im preuß. Regbez. Minden, an der Diemel, Knotenpunkt der Staatsbahnlinien Bestwig Kassel, W. Sarnau u. a., 204 m ü. M., hat eine evangelische und 2 kath. Kirchen, Synagoge, ein Denkmal Kaiser Wilhelms I., ein… …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Warburg [2] — Warburg, 1) Emil, Physiker, geb. 9. März 1846 in Altona, studierte in Heidelberg und Berlin, habilitierte sich 1870 als Privatdozent in Berlin, wurde 1872 außerordentlicher Professor in Straßburg, 1876 zu Freiburg i. Br., 1895 in Berlin… …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Warburg — Warburg, Kreisstadt im preuß. Reg. Bez. Minden, an der Diemel, in der fruchtbaren Warburger Börde, (1905) 5304 E., Amtsgericht, Gymnasium, landw. Winterschule; Papierfabrikation, Getreidebau, Märkte; hier 31. Juli 1760 Sieg Ferdinands von… …   Kleines Konversations-Lexikon

  • Warburg [2] — Warburg, Emil, Physiker, geb. 9. März 1846 zu Altona, 1872 Prof. in Straßburg, 1876 in Freiburg i.Br., 1895 in Berlin; Hauptwerk: »Lehrbuch der Experimentalphysik« (8. Aufl. 1905) …   Kleines Konversations-Lexikon

  • Warburg — Warburg, preuß. westfäl. Stadt im Reg. Bez. Minden, mit 4000 E; die umliegende Gegend, W.er Börde genannt, ist sehr fruchtbar an Getreide …   Herders Conversations-Lexikon

  • Warburg — Warburg, Otto Heinrich …   Enciclopedia Universal


Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.